PLAY BACH

jazz

Le Blues le constipait, le ragtime lui donnait des envies de tuer, le dixieland, cette musique de rustres blancs, l’excédait. Les chorus de Charlie Parker, Coltrane ou Miles Davis, le laissaient froid. Il ne comprenait rien aux termes qu’il piochait dans les bouquins spécialisés : hot intonation, blue-notes, off beat, drive et swing… Du chinois ! Il était totalement découragé quand il découvrit, au rayon jazz, quelques disques se référant à Jean-Sébastien Bach dont il avait vaguement entendu un aria avec son prof de musique. Sans réfléchir une seconde, et sans les écouter, il en choisit un au hasard : Play Bach, enregistré par Jacques Loussier au piano, Christian Garros à la batterie et Pierre Michelot à la contrebasse. Pour faire bonne mesure, il emporta un vieil enregistrement  des Swingle Singers ainsi qu’un autre du pianiste Artur Schnabel car le vendeur lui avait conseillé d’écouter une version classique des œuvres de Bach. Le soir même, les oreilles presque douloureuses à force d’écouter en boucle la fugue en ré majeur BWV 850, il essayait de décrypter, au dos d’un des CD, des propos totalement absconds pour lui : « Le Jazz emploie toutes les couleurs les plus riches de l’harmonie fonctionnelle, jusqu’aux altérations ascendantes et descendantes simultanées de la quinte … »

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