Terra Cæruleus

 

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RAPPORT N° XWXX 205675 – Galaxie Andromède

MISSION D’OBSERVATION INTER SPATIALE SECRETE concernant la planète « Terra Cæruleus. »

Année 10233 de notre ère

Âge estimé de Terra Cæruleus : 4,54 milliards d’années

Distance Terra Cæruleus-Andromède : 2millions d’années lumière

Apparence : bleue

Aspect subjectif : Magnifique

Présence de vie : oui

Espèce la mieux adaptée : Bacterium (bactérie)

Nombre total estimé de bactéries sur Terre : 5 millions de trillion de trillion

Activité : base du fonctionnement vital de Terra Cæruleus

Principale espèce parasite : Humanus vulgaris ou « Humain »

Nombre d’humains à la date de la découverte de Terra Cæruleus : 7 milliards

Activité : Autodestructrice.

Avenir de l’espèce : Aucun en regard de leur système de vie.

ETUDE en VUE INVASION et OCCUPATION

Principale espèce à combattre : Humanus vulgaris (Humain)

Caractéristique de l’Humain : Agressivité, langage articulé, désir de domination de la nature et de ses semblables. Conscience limitée de sa condition et de ses devoirs. Equipé d’armes de destruction massive.

Divinité principale : Or

Fétiches : carrés de papier imprimé (dollars, euros, yen etc.…)

Langue : En voie d’uniformisation

Gouvernement mondial démocratique: Aucun.

Organisation au « pouvoir » : Société Totalitaire Marchande

  1. Caste dominante : 1810 milliardaires en dollars (monnaie dominante)

– activité principale : Profiter

– Particularité : Consanguinité

– Traits psychologiques des éléments de la caste : Sociopathie, psychopathie.

– Milieu naturel de la caste : territoires protégés, paysages préservés, paradis fiscaux.

– Devise : Toujours plus !

  1. Caste intermédiaire : 11 000 000 de millionnaires en dollars

– Activité principale : Atteindre le niveau de vie de la caste 1

– Traits psychologiques : Ambition, avidité, charité ostensible, hypocrisie.

– Milieu naturel de la Caste 2 : voir Caste 1

– Devise : Moi d’abord !

  1. Caste intermédiaire:

– Particularité : Eléments servant de relais aux castes 1 et 2 et participant au maintien en l’état de la caste 4 : Politiciens, ecclésiastiques appartenant à diverses sectes (ou religions), militaires, policiers, agents des médias, financiers subalternes etc.

  1. Basse caste (esclaves) :

– Nombre : 6 milliards 980 millions dont 1 milliards de sous alimentés promis à une mort prochaine programmée.

– Activité principale : difficile à déterminer (quatre sous classes : ceux qui cherchent à survivre par tous les moyens, les dévoués au système, les zombis et les résignés.)

– Milieu naturel de la Caste 4 : L’ensemble de la planète sauf les territoires protégés cités plus haut. Flux migratoires importants en tout sens.

– Comportement : Endurance à la souffrance, croyance en l’irrationnel, addiction aux jeux de hasard, conformisme, respect des puissants.

– Avenir : Maintenus en dépendance par les castes « supérieures » ou éliminés par tous les moyens (épidémies, guerre, création artificielle de la pénurie)

– Traits psychologiques : Naïveté, désir de servitude, résignation, attentisme.

– Devise : S’il vous plaît not’bon maître !

  1. Caste minoritaire :

– Nombre : Une poignée (constamment détruite et renouvelée)

– Vie sociale : Groupes épars et désorganisés

– Particularité des individus: Esprit rebelle.

– Activité principale des groupes : Réflexion, subversion, résistance à tout type d’oppression, rêve et construction « d’un monde plus juste et plus humain (???) » Construction d’alternatives au Système dominant.

– Philosophie : Liberté, Equité, Solidarité.

– Devise : Debout !

– Avenir de la caste : Indécis

ETAT DE LA PLANETE A SON ORIGINE

(analyse rétroactive)

– Air : pur

– Eau : pure

– Sol : riche en microorganismes, oligoéléments et autres nutriments organiques

– Radioactivité : faible

 ETAT ACTUEL DE Terra Cæruleus

– Air : Pollué (pesticides, PCB, métaux lourds etc.…) + atmosphère réchauffée artificiellement par l’industrialisation.

– Eau : polluée à 80% (idem air)

– Sol : appauvris, épuisés par des cultures intensives polluantes (famines prévues)

– Radioactivité : Forte à très forte selon les lieux. Déchets radioactifs créés par Humanus (qu’il est incapable de réduire ou de « gérer »)

– Effets de la pollution : Catastrophes « naturelles » diverses. Déplacements massifs de populations. hute en progression +++ de la biodiversité, accroissement du nombre de maladie chez les végétaux et les animaux spécialement dans l’espèce humaine : cancers (y compris chez les enfants), cardiopathies, dégénérescence intellectuelle…

– Classement qualitatif de la planète Terra Cæruleus parmi les 25 planètes habitées découvertes dans l’univers depuis l’an 0 : 25 ème

CONCLUSION DES OBSERVATEUR :

  • Potentiel de colonisation : Très Faible
  • Prospective : Revenir dans 500 000 ans, après disparition des radiations, effacement des perturbations humaines et régénérescence naturelle du milieu par les bactéries.
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GUERRE

guerre

C’est un peuple dépenaillé regroupé sous des tentes de fortune.

Des femmes sont assises, les poings sur les oreilles tandis que les pales des hélicos hachent le soleil. Eclats de boule de bal, mire et miroir sur les vivants et les morts.

Sur la photographie, un jeune garçon noirci de coups est traîné par un pied. Son ventre gonflé est parcouru de veines bleues, ses cheveux d’algues collent à son front et une plaie blanche cisaille sa poitrine. En fond de scène, des chiens dévorent les chairs putrides, le mufle enfoui dans les entrailles vertes.

Rafale d’armes automatiques. Canonnades.

Les rues sont jonchées de lambeaux pourpres noircis sur leurs bords par le feu des obus. Des caillots panés de poussière éclatent sous les semelles.

Martèlement des Rangers dans l’escalier.

Un pli amer à la bouche et des croûtes de sommeil au bord des yeux, quelqu’un tremble et prie derrière la porte tambourinée à l’aube.

Images qui me percent à jour, cris d’encre à peine audibles, silences imprimés que je caresse comme des enluminures fragiles. Sur l’une d’elle, je tiens un fusil.

J’entends, à peine assourdi par le temps, l’écho des agonies.

EXIL

LA-DIGUE

LA-DIGUE

Ailes d’ouragan, voiles déchirées, sa maison est un bateau en attente d’îles. Elle tient le cap dans la tempête, ourlée de gris, ourlée de blanc. Son équipage a fui. Depuis le balcon, il guette les hirondelles, les poissons volants annonçant à tire d’aile : Terre ! Droit devant ! Sous la coque défilent les grands rocs, glissent les algues des îles, les Ys, les Atlantides, les édens, les profonds garden. Sur le perron, étrave soc, claque l’ombre du foc. Le portail gouvernail griffe le corail. Aux vitres, des avirons brisés cognent sous les risées. Roseaux rouges, bananiers, flamboyants, incendie des îles, brûlure des elles. Des indigènes lui apportent des fruits sur des pirogues peintes…

Le ciel resplendit, soudain fendu par un éclair blanc. Vols indistincts, corbeaux, choucas, corneilles, déchirures du sommeil. Hébété, nostalgique de sa chute nocturne, il se lève, écarte les rideaux. Guetteur d’inutiles étoiles agrafé à l’aubier de l’univers, il se demande ce qu’il fait là.

Autour de lui, le monde hurle. Il craint les cris de la foule. Pur esprit, il préfère le discours des anges, si bien élevés sur leurs petits nuages. Hélas, les âmes pures sont frigides, elles refusent sa compagnie. Frileux rêveur, sa sérénité porte un cache-nez et un bonnet contre les refroidissements de l’altitude.

Le réel l’exclut. Les rets de son cerveau l’encagent. Quand il a trop froid, il rejoint l’arène jaune où luit l’image Femme et singe une étreinte heureuse en rêvant une terre promise qui ne serait tenue que par lui. Il la baptise de son nom et signe de son sang au bas de l’acte de propriété. Seul en son royaume illusoire, il clame la fin de l’Histoire, la mort de la Mort. Il est Dieu écrivant son livre, se bat avec les mots et veut avoir le dernier. Il s’entend dire : Que ma défaite jamais n’advienne ! Rasséréné, il contemple le paysage qu’il dénature depuis sa naissance.

Ce matin, tout est différent. Sur la plaine aride et vide de ciel, un arbre noir guette l’éternité. La vie est si lente…et si brutale, si violente, siffle l’acier de la hache. Il voit l’arbre s’abattre et c’est lui qui tombe. C’est lui qu’une foule en haillon dépèce jusqu’à la dernière brindille avant d’allumer un feu immense sur la dune pelée. Il crie une phrase qu’il a entendue il y a longtemps : La mort n’a aucun droit, bande de gogos !

La flamme du désert avance et calcine la porte de son abri. Il sort, éructant et crachant des scories sous une pluie tourbillonnante de papillons noirs. Oubliant ses certitudes, il court vers l’incendie bordé de silhouettes gesticulantes.

La compagnie des humains est un salut quand la solitude flambe. Il rejoint la horde et chante avec des inconnus autour du feu. Ils fêtent la fin d’une guerre qu’il ignorait. Un vieillard, près de lui, ne le rassure pas :

– Vous verrez, dit-il, rien n’a changé. Les vaincus brûlent leur chagrin en alambic au bord des chemins. Ils distillent leur rancœur, la liqueur des prochains vainqueurs…

Il fuit et se retourne souvent. Que personne ne le suive ! Il ne tolère même pas son ombre. Il hurle,  le poing levé : Exil ! Exil de moi ! Exil, abandon ! Oubli !

Il longe la côte, marche longtemps au bord d’une mer obscure. La brise marine se lève et plie la tige noire chargée d’astres aveugles. Un soleil pourpre bouscule les phares quilles, file un rai vert entre les cuisses de la nuit, effiloche la brume laiteuse.

Le lapis-lazuli nimbe l’espace.

Essoufflé, il s’assied sur un rocher de la lande et contemple l’infini. Etoles d’écume, récifs assaillis par l’océan qui rafle les rocs… Une clarté diffuse colore lilas la plage trouée de flaques. Les sables inlassables roulent roses sur les rives. Un chien jaune lèche les algues. Les vents taillent la moiteur moka du soir grillé. La barre bleue ramène l’horizon, jette ses émeraudes sur la grève noire.

Il reprend sa route sous les nuées traversées de vols sauvages et titube de fatigue jusqu’au port. Un remorqueur s’évapore, buée au large des graviers battus par le ressac. La rade est vide de bateaux. Le parfum des vieux sacs, graissés par la sueur des chameaux porteurs de café, filtre par les tôles mitées d’un ancien hangar.

Etendu sur le môle encore chaud de la journée, il essaie de distinguer les paroles d’une chanson qui vient d’un café du port. La chanteuse beugle d’une voix éraillée par l’alcool et la cigarette :

J’ai d’l’amour à r’vendre

                     Brûlant sous la cendre…

Poussière

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Chaque blog est une planète solitaire, une poussière parmi les poussières de la galaxie internet. Que cette terre égarée soit un havre pour les naufragés de hasard et pour les explorateurs qui viendront volontairement lire les textes que je publierai au fil de l’inspiration…